LETTRES ET NOTES CANETOISES

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Noël 2016

Quelques lectures > 2016-2017

Le père Noël de George Sand
Ce que je me rappelle parfaitement, c'est la croyance absolue que j'avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit père Noël, bon vieillard à barbe blanche qui, à l'heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j'y trouverais à mon réveil. Minuit ! cette heure fantastique que les enfants ne connaissent point, et qu'on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m'endormir avant l'apparition du petit vieux ! J'avais à la fois grande envie et grand'peur de le voir ; mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain mon premier regard était pour mon soulier au bord de l'âtre. Quelle émotion me causait l'enveloppe de papier blanc ! car le père Noël était d'une propreté extrême, et ne manquait jamais d'empaqueter soigneusement son offrande. Je courais, pieds nus, m'emparer de mon trésor. Ce n'était jamais un don bien magnifique, car nous n'étions pas riches. C'était un petit gâteau, une orange, ou tout simplement une belle pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux, que j'osais à peine le manger. L'imagination jouait encore là son rôle, et c'est toute la vie de l'enfant.
Je me rappelle fort bien la première année où le doute m'est venu, sur l'existence réelle du père Noël. J'avais cinq ou six ans, et il me sembla que ce devait être ma mère qui mettait le gâteau dans mon soulier. Aussi me parut-il moins beau et moins bon que les autres fois, et j'éprouvais une sorte de regret de ne pouvoir plus croire au petit homme à barbe blanche. J'ai vu mon fils y croire plus longtemps ; les garçons sont plus simples que les petites filles. Comme moi, il faisait de grands efforts pour veiller jusqu'à minuit. Comme moi, il n'y réussissait point, et comme moi, il trouvait au jour le gâteau merveilleux pétri dans les cuisines du paradis. Mais pour lui aussi la première année où il douta fut la dernière de la visite du bonhomme. Il faut servir aux enfants les mets qui conviennent à leur âge et ne rien devancer. Tant qu'ils ont besoin de merveilleux.

La Noël     Jean Aicard (1848-1921)
L'hiver resserre autour du foyer la famille. 
Voici Noël. Voici la bûche qui pétille ; 
Le « carignié », vieux tronc énorme d'olivier 
Conservé pour ce jour, flambe au fond du foyer. 
Ce soir, le « gros souper » sera bon, quoique maigre. 
On ne servira pas l'anchois rouge au vinaigre, 
Non, mais on mangera ce soir avec gaîté 
La morue au vin cuit et le nougat lacté, 
Oranges, raisins secs, marrons et figues sèches. 
Dans un coin les enfants se construisent des crèches, 
Théâtres où l'on met des pierres pour décor 
Et de la mousse prise aux vieux murs, 
Or, dès la Sainte-Barbe, on fait (semé dans l'eau) 
Lever pour la Noël un peu de blé nouveau : 
Sur des plats blancs on voit, humble, verdir cette herbe, 
Gage mystérieux de la future gerbe, 
Qui dit : « Aimez. Croyez. Noël ! Voici Noël ! 

Si l'on vit loin les uns des autres dans l'année, 
Chacun du champ lointain, de la ville éloignée 
Arrive, à la Noël, pour revoir les parents, 
Les anciens, les petits qu'on retrouve plus grands ; 
Pour boire le muscat dont l'odeur donne envie ; 
Pour causer tous ensemble et se conter sa vie, 

« A table ! » - L'on accourt. La sauce aux câpres fume ; 
Le nougat luit ; mais c'est une vieille coutume 
Qu'avant de s'attabler on bénisse le feu.

La flamme rose et blanche avec un reflet bleu 
Sort de la bûche où dort le soleil de Provence, 

Le carignié mouillé crépite, et tout joyeux, 
Constellant l'âtre noir, fait clignoter les yeux. 
On s'attable. La flamme étincelante envoie 
Aux cristaux, aux regards, ses éclairs et sa joie ; 


Noël      Théophile GAUTIER   (1811-1872)
Le ciel est noir, la terre est blanche ;
- Cloches, carillonnez gaîment ! -
Jésus est né ; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l'enfant du froid ;
Rien que les toiles d'araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche
L'âne et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s'ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers : " Noël ! Noël !

Chanson pour les enfants l’hiver     Poésie Jacques Prevert
Dans la nuit de l’hiver
Galope un grand homme blanc
C’est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière,
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S’assoit sur le poêle rouge,
Et d’un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d’une flaque d’eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

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